La Petite Fille de Monsieur Linh, Philippe Claudel

Publié le par Praline

(15h06)
 
 
 
           La Petite Fille de Monsieur Linh, est écrit avec une
 
 
telle finesse qu'il nous émeut longtemps encore sa lecture achevée. Les mots sont un baume qui adoucit les lèvres, ainsi que l'âme. L'histoire de cet homme qui ne peut se résoudre à l'inimaginable, la perte d'êtres chers interpelle. Il espérait une fin paisible, entouré des siens mais le sort en a décidé autrement.Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui. Il se retrouve ainsi ballotté dans un autre monde (qui n'est d'ailleurs jamais nommé)  dont il ne connaît ni la langue, ni la mentalité ou encore comment y survivre. Rien ne ressemble à ce qu'il connaît. C'est comme de venir au monde une seconde fois. Passent des voitures qu'il n'a jamais vues, en nombre incalculable, dans un ballet fluide et réglé. Sur les trottoirs, les hommes et les femmes marchent très vite comme si leur vie en dépendait. Aucun n'est en guenilles. Aucun ne mendie. Personne ne fait attention à personne. Il est à cent lieues de cette jungle moderne.Même les gens diffèrent de ce qu'il a connu; ici, l'auteur oppose le monde moderne, auto-proclammé civilisé, il se dit que la ville est trop grande, qu'elle est un monstre qui va le dévorer, ou le perdre à celui qui, trop pauvre, a préféré rester proche de l'état naturel et des vraies valeurs : le village en somme était comme une grande et unique famille. Seul M. Bark semble humain. Certes, la traductrice ou encore un médecin compatisse mais celui-ci ne juge jamais, il sait la perte, il connaît la souffrance et se sent immédiatement proche de ce vieil homme. Philippe Claudel dénonce ici l'individualisme qui règne dans notre société où autrui ne se soucie guère de son prochain. Il préfère médiser et marginaliser. A bien y regarder, aucun de ceux qui se moquent ou méprisent Monsieur Linh ne prend le temps de discuter avec lui, ou ne serait-ce que de lui tendre la main et comprendre sa grande souffrance. Ainsi la scène de la fleuriste est terrible et pourtant tellement fidèle à la réalité: Elle tient un balai à la main. Elle crie. Elle désigne Monsieur Linh avec son balai. Elle prend les gens à témoin, montre son pied nu dans la pantoufle déchirée, les taches puantes sur les manches. Elle fait signe au vieil homme de déguerpir, de ficher le camp. Elle lui indique le bout de la rue, le lointain. Un attrouppement s'est formé . Monsieur Linh est pétrifié de honte. La femme ne s'arrête pas, encouragée qu'elle est par les rires des badauds. Elle parade. Elle ressemble à une sorte de grosse pintade en colère, grattant de rage le fumier de la basse-cour. Le vieil homme range précipitamment le sachet en plastique dans sa poche et s'enfuit. Les gens rient en le voyant partir, traînant la patte à la façon d'un animal blessé. La grosse femme lance encore des mots qui volent vers lui comme des cailloux. Quant aux rires, ce sont des couteaux, des couteaux affûtésqui trouvent son coeur et l'écorchent. Nous n'avons jamais été aussi proche des pensées de Darwin en ce qui concerne la loi du plus fort. 

Publié dans Lectures

Commenter cet article